Z’elly ou l’importance d’être unis

Les trois gardiens ont vécu des millénaires en parfaite communion, partageant le même corps et le même esprit… mais cela n’a pas toujours été le cas !

Z’elly ou l’importance d’être unis

Bienvenue au Temple des Arts. Vous connaissez peut-être déjà l’existence de ce lieu dédié à l’art, où vivent les muses, ces dames et demoiselles aux talents artistiques sans pareil. Ce palais majestueux est sous la protection d’un gardien unique en son genre. On l’appelle Vorondil, mais plusieurs êtres le composent. Il y a le poète, jeune homme calme, posé et réfléchi ; il est le représentant des arts. Nous trouvons également la muse, demoiselle timide, secrète et d’une grande gentillesse ; elle est la protectrice des jardins du palais. Et pour finir, le guerrier, combattant puissant, courageux et assuré ; il est le défenseur des habitants des Arts. Ces trois curieux personnages portent respectivement les noms de J’hall, J’huly et J’haze. Sans nul doute, il doit être pratique d’avoir trois cerveaux pour le prix d’un… Cependant, vous vous doutez bien que cela n’a pas que des avantages. Comment trois esprits distincts peuvent-ils toujours être en accord alors qu’ils sont forcés de se côtoyer en tout temps ? Sont-ils programmés pour l’être ou ont-ils appris à devenir ainsi ? Hum… Laissez-moi vous conter un court récit qui vous permettra de comprendre comment, après plusieurs millénaires à la direction d’un tel temple, les trois Vorondil ont su rester en harmonie les uns avec les autres.

Faisons ensemble un bond dans le temps. Nous voilà revenus vingt ans après que les trois Vorondil se soient vu remettre les clés et les sceaux du Temple des Arts, alors encore nommé Temple de la Poésie. Vorondil avait pris ses aises au sein de cet endroit magnifique qui ne demandait qu’à s’embellir davantage de jour en jour. À l’époque, il n’y avait que six muses dans ce palais : cette remarquable aventure n’en était qu’à ses balbutiements. Et pourtant cette institution faisait déjà grandement parler d’elle. L’art avait obtenu une place de choix auprès des divers royaumes de ce monde.

Le souverain des elfes de Mistriam, le seigneur Lô avait personnellement orchestré la construction du temple. Son peuple avait su faire preuve d’une virtuosité indubitable pour offrir un lieu privilégié à l’épanouissement de l’art. Lô fit parvenir un courrier au Vorondil. Il les conviait à sa table afin de célébrer la grandeur de ce palais et de ses habitants. Il ne doutait pas que l’avenir serait glorieux et lumineux pour chacun d’entre eux et souhaitait rendre honneur à ce futur radieux.

Les trois gardiens se mirent alors d’accord sur un fait indéniable : il leur fallait concevoir un cadeau digne de leurs talents artistiques pour remercier le seigneur elfique de son invitation… Chacun y alla de sa proposition.

J’hall, le poète, suggéra la chose suivante : Les elfes sont amateurs de poésie. Il serait donc de bon ton de dresser une œuvre lyrique rendant honneur à ce peuple millénaire et à son roi.

J’haze, le bretteur, avait une tout autre vision des choses : Les elfes sont des guerriers, sans doute parmi les meilleurs. Il semblait évident qu’une arme de qualité façonnée à la main serait le plus adapté des cadeaux.

J’huly, la muse, surenchérit avec une troisième idée : Les elfes sont proches de la nature et vivent en communion avec celle-ci. Une plante d’une grande rareté comblera certainement leurs espérances.

Le poète avait déjà à l’esprit les moindres vers composant le poème qu’il souhaitait rédiger. Le bretteur avait, peu de temps auparavant, forgé une dague usant de matériaux précieux et résistants. Tous deux commencèrent à se quereller quant au choix du cadeau à offrir au Seigneur Lô. La muse, de son côté, refusa de prendre part au débat et les laissa tenir leur discussion peu amicale sans elle.

Tandis que les deux hommes s’affrontaient à grand coup d’arguments, J’huly prit le contrôle de leur corps commun. Elle partit s’affairer à ses propres occupations dans les jardins du palais qu’elle embellissait de jour en jour de nouvelles plantes.

J’hall et J’haze montaient crescendo vers les cieux éthérés de la vulgarité sans porter la moindre attention à leur troisième personnalité. Les arguments se faisaient de moins en moins construits et valables. Tous deux, bornés à n’en plus finir, souhaitaient avoir le dernier mot sans concession… Tant et si bien que la muse finit par les interrompre. Sa voix était posée et pourtant les deux autres le ressentaient ainsi : s’ils ne l’écoutaient, elle risquait d’être bien moins conciliante. Leur intimant le silence, elle leur déclara qu’elle avait terminé de préparer le présent qu’ils offriraient au Seigneur Lô.

Il s’agissait d’une plante. Et pas n’importe laquelle. Un petit arbrisseau dépassant rarement la vingtaine de centimètres de hauteur que l’on nomme grossièrement arbuste aux dix sèves du fait des différentes essences qui le composent. Vous pourriez vous dire qu’ils auraient pu reprendre la querelle à cet instant précis afin de départager lequel des trois cadeaux serait choisis pour le roi des elfes. Et bien, vous vous tromperiez.

Il s’avère que cette plante possède des excroissances capables de s’entortiller autour de divers objets et de les porter. J’huly s’était amusée à lui faire tenir la dague ouvragée par J’haze et le poème que J’hall avait composé. Elle avait enduit la lame de l’arme avec l’une des sèves de l’arbuste, empoisonnée et pouvant imprégner le métal. Elle avait également pris le temps de rédiger le poème à l’aide d’une essence noire ayant les mêmes propriétés que l’encre. Elle avait par ailleurs pris soin de déposer les racines dans un pot qu’elle avait elle-même fabriqué et peint d’une fresque la représentant face au souverain des elfes avec deux ombres.

Elle leur déclara ceci :

« Cette œuvre qui nous symbolise tous les trois se nomme “Z’elly, la plante du Vorondil”. Nous en ferons don au Seigneur Lô en remerciement de son invitation. Tout comme les elfes sont à la fois passionnés de poésie, guerriers et proches de la nature, nous incarnons à nous seuls ces trois valeurs. Si nous voulons vraiment faire honneur aux elfes, il faut le faire dans leur entier. Dès lors, plutôt que vous chamailler comme des enfants pour savoir qui verra son cadeau sélectionné, vous auriez dû songer dès le début à vous unir. Tout comme le peuple elfique, nous sommes un tout. Nous devrons toujours agir ensemble et penser conjointement. C’est en restant unis que nous serons dignes de ce que nous sommes. »

Après une courte pause, elle surenchérit ainsi :

« Et si vous pensez encore à vous disputer, je tiens à vous rappeler qu’en devenant gardiens du Temple de la Poésie nous avons promis de ne rien faire qui puisse atteindre le moral des muses. Or, je suis une muse. Alors, je n’ai plus intérêt à vous entendre ! »

Jamais J’huly n’avait été aussi sûre d’elle. Grâce à son intervention, l’œuvre offerte aux elfes fut une réussite et prouva que les trois Vorondil avaient toujours intérêt à rester unis et soudés. Ce fut la seule et unique fois durant laquelle une querelle avait fait vaciller l’esprit du Vorondil. Depuis lors, ils comprirent qu’en toute occasion, il leur faudrait fusionner leurs capacités pour ne pas être mis en déroute… Et aussi que J’huly était sans nul doute la plus sage des trois Vorondil.

J’hall Vorondil

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaires:

  1. Suzanne

    La partie féminine est la plus sage, que les hommes en prennent de la graine!! (Oh lala le jeu de mots)
    C’est sympa, des petites histoires anecdotiques entourant les chroniques, c’est une bonne idée

    • Jhall

      Ahah ^^ Oui, sans J’huly, les deux autres gardiens serait bien vite dans des situations catastrophiques. 🙂
      Je suis content que ça te plaise en tout cas ! 😀 Je n’en ferais pas beaucoup, mais à l’occasion, ça peut être sympa. C’est plus léger comme format, ça me permet de respirer un peu. xD (D’ailleurs le mois de décembre va être un mois de vacance je pense. ^^)