Une matinée au Temple des Arts

Dans le monde d’Eternera, il existe un palais ayant pour nom le Temple des Arts. Laissez-moi donc vous en faire une petite visite…

Une matinée au palais des arts

J’entame ici une série de récits en ce qui concerne ma vie de maître poète et gardien du Temple des Arts au sein d’Eternera. Un monde où nous côtoyons la magie et les rêves à longueur de temps. Un monde où les humains vivent en compagnie d’elfes, de dragons, de golems et autres créatures pensantes dans des paysages oniriques et parfois hautement improbables. Un monde dans lequel une planète, unique et de taille infinie, se voit éclairée par cinq flamboyants soleils gravitant autour d’autant de trous noirs. Un tour de force que la nature a offert à ses habitants, pour le plus grand plaisir des artistes. Dans les cieux qui surplombent le sol d’Eternera flottent également cinq lunes argentées qui, tel le regard étincelant de celui ou celle qui fait battre votre cœur, scintillent d’une lumière inspirant les poètes. Et encore au-delà, dans le lointain firmament, brillent d’innombrables étoiles… Pourtant il ne s’agit pas là d’étoiles telles que vous vous les représentez. Pour ainsi dire, d’aucuns racontent que ces chatoiements visibles dans l’obscurité infinie de l’espace ne sont autres que les reflets des mondes environnants. En effet, au sein d’Eternera, quand les soleils dorment, rien d’autre ne peut illuminer l’espace lointain. Ainsi le multivers se fait si proche qu’il nous fait don de sa clarté naturelle.

Au sein de ces chroniques, je vous ferai découvrir un monde où les rêves guident les faits et gestes de bons nombres de ses habitants. Je vous conterai de brèves aventures qui se sont produites au cœur du Temple des Arts. Ce palais se rapproche du style oriental d’un bâtiment que vous devriez connaître : le Taj Mahal – à ceci près qu’il ne s’agit pas d’un mausolée. Mais loin de moi l’idée de vous offrir la lecture de journées riches en ennuis ; de passionnants repas où sont débattues les raisons qui font qu’un plat soit trop peu salé ; de chevaleresques chasses aux chaussettes perdues ; ou encore d’érotiques scènes d’amour entre un morceau de poulet et mon estomac ! Non, nous sommes ici pour rêver, découvrir et apprendre ! Cependant, afin de commencer cette série d’écrits en douceur, je vais vous faire une brève visite de ce merveilleux Temple des Arts.

Laissez-moi tout de même débuter par une courte description de ma personne. J’ai l’apparence d’un jeune homme de vingt ans. Apparence trompeuse, s’il en est, car je suis en réalité bien plus âgé que cela. Je suis pourvu d’yeux bleus ciel, toujours curieux de découvrir les magnificences d’un univers hors du commun. Ils s’harmonisent dans leur clarté avec la blancheur de mes cheveux qui descendent jusque mes épaules. De faible corpulence, je ne peux guère compter sur mes capacités physiques, appuyant plutôt mon assurance sur mes facultés mentales et le peu de pouvoir magique que je possède. Cependant, ne vous attendez pas à de déferlantes vagues de flammes ou bien des téléportations abusives. Ma magie me sert avant tout à créer des œuvres d’art.

Cette entrée en matière étant terminée, passons donc au récit que je vous ai promis.

Mes paupières frémissent. Mon repos a été des plus calmes. J’ouvre lentement les yeux sur un plafond peint d’arabesques chatoyantes et colorées. Il me faut un instant pour parfaitement émerger de ma torpeur, le corps encore ensommeillé. Enfin, après avoir pris le temps de m’étirer maintes et maintes fois et d’enfouir à nouveau mon visage dans les confins de mon oreiller pour en apprécier la douceur, je quitte mon lit. En réalité, un banal matelas posé à même le sol. Celui-ci est recouvert d’un drap d’un bleu sombre sur lequel scintille une myriade de notes de musique dans d’agréables éclats argentés. Le simple froissement du tissu laisse entendre une douce musique à qui sait l’écouter. Un cadeau d’une de mes protégées auquel je suis très attaché.

Je revêts mon kimono préféré, bleu comme le serait le reflet d’un ciel d’été à la surface d’un lac clair et profond. Imitant de fins cumulus à la blancheur cotonneuse, les partitions de courtes mélodies, les peintures aériennes de sublimes paysages et les paroles vaporeuses de chants fugaces décorent mon habit. Traversant ma chambre, espace réduit où je ne fais que dormir et écrire, pour me diriger vers la sortie, je jette un œil à ce qui m’entoure.

Un bureau de bois supporte un ouvrage en cours de rédaction. La veille, plume à la main, je découvrais en même temps que je les couchais sur le papier les péripéties d’un autre monde. Car, oui, je n’invente pas les récits que je rédige ; je les vois, à travers le multivers. À côté de ce livre repose une plume de harfang pour l’écriture. Ici, se dresse également une bibliothèque en bois de bouleau mistrien, un arbre affectionnant les forêts au sud-est du Temple. Comportant une dizaine d’étagères, j’y entrepose livres, parchemins, notes et autres écrits de ma composition tels que des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre ou encore de la poésie. Elle est aisément qualifiable de collection de poche quand on sait que le palais en renferme une gigantesque dont les rayonnages s’étendent sur de nombreux étages. Une rareté qui attire nombre d’amateurs de livres. Enfin, les murs de marbre lilial complètent d’eux-mêmes la beauté des lieux.

Allons bon, assez tergiversé, sortons !

Je passe donc une porte coulissante en bois. Je parcours un couloir embrasé par la lumière d’orbes magiques maintenus en suspension dans les airs. Ces sphères ont pour particularité de s’adapter à la période de la journée en modulant le niveau d’éclairage qu’elles diffusent. Par ailleurs, les habitants qui profitent de la flamboyance de l’un de ces globes peuvent très bien la faire varier, simplement en leur en faisant la demande. Aux murs sont accrochées de nombreuses créations. Dans l’ensemble, ce sont des tableaux dont les cadres en bois finement ciselés embellissent les peintures qui sont exposées. Des portraits d’hommes, de femmes et d’elfes prennent place aux côtés de paysages de montagnes, de déserts ou de forêts où la végétation, reproduite avec la plus grande fidélité, exprime sa si délicieuse extravagance. Certaines de ces toiles ont été enchantées. Ainsi on peut voir des personnages se mouvoir ou encore les arbres danser au gré d’un vent qui n’est accordé qu’à eux seul. Des sculptures en bois sombre leur tiennent compagnie. Il est possible d’admirer des masques tribals, des instruments de musique ainsi que d’autres œuvres abstraites.

Tout le long du couloir trônent de multiples petites colonnes de grès ou de marbre, servant de piédestal. Certaines d’entre elles ont des formes intrigantes telles que des arbres ou des souches, des dragons-serpents entrelacés ou des stalagmites fendues. Elles partagent l’espace avec des tables de bois grandiosement ouvragées et d’autres en fer forgé aux motifs floraux. Ces différents supports soutiennent des poteries de terre cuite retraçant des combats chevaleresques, des figurines et statuettes de nymphes ou de fées et diverses sculptures. Des statues plus grandes décorent également la galerie. De belles jeunes femmes, de valeureux paladins, des elfes majestueux, des chevaux fiers et droits et bien d’autres êtres prennent ainsi place dans les couloirs du palais. Celui-ci dessert de multiples pièces toutes dédiées à l’art, domaine que nous protégeons et apprécions nous autres, habitants du Temple. Il permet le passage aisé d’un groupe de personnes dans ses trois mètres de largeur libre. Le sol, dans un marbre légèrement rosé où serpentent de nombreuses rainures d’un noir d’onyx, vient terminer ce tableau.

Je me rapproche des rires cristallins de maintes jeunes femmes. Des bruits de pas rythmés au son de plusieurs instruments de musique se font également entendre. J’arrive enfin à l’entrée de la pièce. Une arche de pierre taillée encadre l’ouverture des lieux. Je pénètre dans une vaste salle aux reflets or et argent. Des colonnes et ogives de roche blanche soutiennent le toit de cette immense pièce dans une sublime architecture ionique. Un dôme de verre laisse la lumière emplir les lieux en journée. Ici aussi, de multiples œuvres décorent l’endroit.

Au centre de la salle sont agencés de nombreux ateliers où reposent plumes, encre et parchemins. Des tours de potier sont installés à leurs côtés. À gauche se tient une scène de théâtre et à droite une estrade de danse utilisées pour les répétitions. En face de moi, deux autres accueillent des instruments de musique à vent, à cordes ou de percussion, mais également électroniques. Ces derniers, reproduits à partir de visions d’autres mondes, sont alimentés par la mana, source de toute magie. On trouve également des chevalets avec leur nécessaire à peinture. Cette salle, qui ne regroupe qu’une partie du matériel artistique du palais, est l’atelier des muses.

Ces demoiselles d’une beauté onirique œuvrent chacune dans un domaine particulier. Elles sont une cinquantaine à donner naissance à des créations aussi bien éphémères qu’éternelles. Elles peignent, rédigent, répètent, chantent, composent. Certaines sont assez étonnantes. Celle-ci invente nombre d’histoires drôles en humoriste accomplie, celle-là se plonge dans l’art de la destruction le recherchant dans des instants fugaces. L’une d’elles fait même de la mort un domaine à part entière, basant chacune de ses réalisations sur cet élément indispensable à chaque monde qui effraie à tort les vivants. Elle est d’ailleurs considérée comme une moire parmi les muses. C’est à toutes ces femmes que nous devons la variété extraordinaire d’œuvres embellissant le palais.

Je rejoins sans attendre Akane, la muse du sang, mon amante. Ses œuvres tournent autour de ce liquide essentiel à la vie de bien des êtres. Bien qu’elle affiche ouvertement sa préférence pour la peinture, il lui arrive d’appliquer sa passion sur elle-même ou sur divers volontaires. Ses cheveux aussi rouges que le liquide écarlate qu’elle affectionne s’accordent à merveille avec sa robe en soie de même couleur et ses ballerines carmin. Ses iris violets brillant de malice m’aperçoivent et elle m’accueille d’un sourire délicieux. J’offre un baiser à ma tendre princesse – qui se réjouit de pouvoir prélever un peu du liquide rouge contenu dans mon bras

J’observe encore un instant le travail de mes protégées avant de reprendre ma promenade.

Je parcours les couloirs jusqu’à atteindre une autre salle du palais. Une porte massive en chêne marque l’entrée du lieu. Je la pousse et pénètre dans la pièce où est “entreposé” mon poème le plus perfectionné.

Ici, les murs sont faits d’un onyx noir si profond que même les sphères magiques éclairant l’endroit ont des difficultés à y inscrire des reflets. Dans un coin, une table carrée en bois est accompagnée de trois fauteuils. Un échiquier où s’affrontent des créatures du désert et des êtres de la forêt y repose. Dans le coin opposé, une bibliothèque rassemble quelques livres appréciés par les résidents de cette salle. Au milieu de la pièce, un majestueux piédestal rectangulaire de la dimension d’un gros coffre a été érigé. Taillé dans l’albâtre, on y retrouve les inspirations de plusieurs muses. Quatre demoiselles gravées à l’avant semblent soutenir le haut du socle dans un paysage où notes et instruments de musique se côtoient. Sur la face opposée, un jeune homme lève le doigt au ciel, les yeux fermés, en tenant un livre contre lui. Le côté droit se voit embelli de la représentation d’un harfang des neiges posé sur une branche recouverte de stalactites, tandis que sur celui de gauche est visible la forme d’un katana. Une grande part de ces détails retrace le jour de la création du poème qui se trouve dans cette salle.

Sur le piédestal trône une épée dont la lame d’acier est marquée d’un “N” noir étincelant. La garde en bois est gravée de deux plumes de harfang croisées au niveau des calamus. Laissant apparaître par un envoûtement du tissu qui la recouvre une vue d’Eternera depuis le firmament, une poignée miroite de lueurs oniriques. À l’extrémité de celle-ci, un pommeau composé d’une double bague de métal où est sertie une pierre sphérique transparente vient terminer l’ouvrage.

Deux jeunes gens, un homme et une femme gardent les lieux.

Le fascinant regard de la demoiselle, constamment empreint d’amusement, flamboie dans les reflets brûlants de ses iris rouges. Elle a l’apparence d’une adolescente d’environ dix-sept ans. Ses courts cheveux violets lui offrent un air légèrement elfique, marqué par la grâce, la droiture et l’assurance de sa posture. Elle est vêtue d’une longue veste fine et noire et d’un corset de même couleur. Un pantalon en toile tout aussi sombre est maintenu par une ceinture de cuir noir où sont accrochées deux dagues d’ébène étincelantes. Une paire de rangers termine d’édifier son apparence vestimentaire. Elle contraste à merveille avec son camarade.

Celui-ci a le regard clair et serein où l’on distingue une forte assurance. Ses iris, d’un blanc pur, brillent d’un éclat cristallin. Il a la silhouette droite et fière d’un jeune homme de dix-sept ans dont l’esprit serait déjà celui d’un guerrier aguerri. Ses cheveux scintillent de reflets enneigés. Il porte sur ses épaules un long manteau argenté couvrant un corselet ivoirin digne des plus braves archers. Un pantalon opalin maintenu au-dessus des chevilles par des kyahan grèges rejoint de hautes bottes blanches. Enfin, à ses côtés se trouve un arc long dans un bois éburnéen.

L’épée, la demoiselle et le jeune homme ne forment qu’un. Ils sont le Poème Forgé, sans conteste ma plus belle œuvre. Respectivement, ils portent les noms de N’esel, A’kina et S’onej. Ce poème va bien au-delà d’un simple poème écrit ou chanté ; c’est un poème matérialisé.

Je choisis de passer le reste de ma journée en leur compagnie. J’affronte successivement A’kina et S’onej au jeu d’échec, échouant lamentablement à chaque duel ; la stratégie n’est vraiment pas mon fort. Je prends aussi le temps d’admirer une partie serrée entre eux deux. C’est finalement avec un rire cristallin et triomphant qu’A’kina l’emporte sur son adversaire du moment. Alors que je la félicite, je ressens soudainement une aura magique forte qui vient de passer la porte du temple. M’excusant auprès des deux combattants, je m’éclipse.

Je longe les couloirs, me dirigeant vers l’entrée du palais. J’arrive dans une immense salle de réception bleue décorée de fleurs rouges aux larges pétales. J’y aperçois un ami qui m’est très proche et que je n’avais pas vu depuis bien trop longtemps. Il est accompagné d’exactement onze personnes. Je reconnais sa sœur et amante, Sélène l’éternelle, mais les autres me sont inconnus. Mon ami est l’éternel haut-commandeur de ce monde. Il est de mon devoir, à moi, J’hall Vorondil en tant que maître poète et gardien du Temple de la Poésie de le recevoir.

« Nos ! Heureux de te revoir !
– J’hall, comment vas-tu ? »

Je terminerai là cette première visite du Temple des Arts, tel que fut rebaptisé le Temple de la Poésie. Par ailleurs, nous n’aurons que peu d’occasions de parler des hauts-commandeurs d’Eternera, je me permets donc d’aborder brièvement le sujet. Il serait dommage de s’en abstenir, car leur histoire reste passionnante.

Nos et Sélène les éternels, maîtres des rêves, sont parmi les êtres les plus puissants d’Eternera. Ils trônent à la tête de ce monde accompagnés des Aethérés. Ensemble, ils font régner l’ordre et l’équilibre au sein de cette pierre angulaire du multivers. C’est d’ailleurs à leur demande que le Temple des Arts fut construit et que je me vis décerner le titre de gardien. Armés du pouvoir des Rêves, une magie extraordinaire capable d’autant de choses qu’il existe de diversité dans nos songes, ils gouvernent avec justesse notre univers. Il est par ailleurs un élément qui caractérise ces dirigeants immortels : le désir de tuer l’ennui. Ce savant philosophe adepte d’énigmes et son intrigante compagne voyagent à travers Eternera où ils mènent de nombreuses quêtes épiques.

Croyez-moi, il n’est pas d’aventures plus fascinantes que les leurs. Ce qui ne m’empêchera pas de leur faire concurrence en vous offrant, à travers mes futurs chroniques, des récits tantôt poétiques, tantôt guerriers. Nous parcourrons les mystères du palais et de ses habitants et je vous emmènerai également en excursion dans les contrées qui nous environnent. Bien des secrets vous attendent dans cet antre de magie dédié à la multitude des arts que l’esprit peut imaginer…

J’hall Vorondil

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Commentaires:

  1. hallé Pascal

    je viens de lire, bien que je n’adhère pas trop dans les mondes des nymphes ou autres créatures magiques. D’ailleurs j’ai dû vérifier ce qu’était le monde d’Eternera. Tu dois continuer à intéresser tes lecteurs et voir fédérer d’autres novices tout en te libérant d’autres écritures du même genre.

    • Jhall

      Merci pour ton commentaire!
      Pour le monde d’Eternera, je ne sais pas où tu as vérifié, mais c’est un monde qui est propre aux histoires que je partagerai ici. Je ne l’ai pas pris ailleurs. Si un nom du même genre existe, c’est totalement fortuit. Je préfère écrire ce que mon imagination et mes rêves me propose plutôt que de m’inspirer d’autres textes et univers. 🙂

  2. suzanne

    J’adore!!! Hâte de lire la suite!!
    j’espère que tu vas être lu, tous les gens ne sont pas feignants!?!

    • Jhall

      Merci beaucoup pour ton avis ma p’tite Suzanne!! 😀 La suite arrivera dans un petit mois, patience! J’ai encore quelque mise à jour à faire sur le site pour offrir plus de fonctionnalité et pour rendre la visite plus agréable avant ça! Ensuite il y aura même des poèmes! :3
      Lira qui voudra, je ne peux forcer personne. ^^ Je vais faire vivre mon oeuvre autant que possible pour donner envie à d’autres de s’y plonger en tout cas! 😀

      • Suzanne

        C’est con à dire,mais ce qui fait connaître c’est la publicité, donc en avant la pub!!!! On vas te faire connaître !!

        • Jhall

          J’ai deux-trois petites choses de prévues. ^^ Cette petite aventure internet est loin d’être terminée. :3